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dimanche 10 septembre 2017

Rien à Cacher


"Le fait d'accepter d'être sous surveillance permanente montre qu'une nouvelle conception de l'identité voit le jour." Will Self

Trailer Nothing to hide



Du cinéma documentaire à la Kave
Rien à cacher/Nothing to hide
Mister X pensait n'avoir rien à cacher, il l'a regretté:
 Jusqu'où peut-aller la surveillance de nos données sur internet?


Source: +Miche Gou. 

Liens kavistes:




"Le documentaire Nothing to hide est sorti discrètement, très discrètement, sur les écrans français le mercredi 8 septembre dernier.
Ce film est un documentaire dédié à la question de la surveillance de masse et à son acceptation dans la population. Il a été réalisé et produit par deux journalistes, l’un français, Marc Meillassoux, et l’autre allemand, Mihaela Gladovic. Quant à son financement, il l’a été possible grâce à une souscription en ligne à laquelle plus de 400 internautes ont participé.
Nous nous accordons généralement à dire que les régimes de surveillance sont intrinsèquement liberticides et dangereux. Pourtant, nous utilisons tous un nombre croissant de services et applications “gratuits” comme Facebook, Google, Whatsapp etc… Les révélations Edward #Snowden ont démontré que les données récoltées par ces entités privées servent essentiellement de matière première à la surveillance de masse (programmes PRISM, XKeyscore…)."
par Miche Gou



Le pitch de Nothing to Hide
 Max Thommes, alias Mister X, est un jeune artiste berlinois sans histoires. Pendant 30 jours, il a accepté qu’on installe un logiciel espion sur son portable. Une expérience dans le cadre d’un documentaire, "Nothing to Hide", qui explore la surveillance des données son acceptation par la population.

Interview de Marc Meillasoux par Tristan Nitot:

Je viens de voir le documentaire Nothing to hide et disons-le tout net, c’est un film que j’aurais aimé tourner, un genre de pendant en vidéo de mon livre Surveillance:// et des conférences que je donne. C’est la réponse choc à l’argument “je n’ai rien à cacher” quand on parle de la surveillance de masse qui est organisée par les géants du Net et un nombre croissant d’états de par le monde. Pour faire mieux connaître cet excellent documentaire — qui rassemble des victimes politiques de la surveillance comme des lanceurs d’alerte — j’ai interrogé son réalisateur, Marc Meillassoux.

Tristan Nitot : Bonjour Marc, bravo pour ce super boulot ! Peux-tu te présenter ?

MM : Je suis journaliste indépendant, basé entre Paris et Berlin. J’avais d’abord fait des études d’économie avant de m’orienter en fin d’études vers le journalisme, avec du coup à la base une spécialité en économie.

TN : Comment t’est venue une telle idée de documentaire ?

MM : Je travaillais sur la scène de start-ups à Berlin, qui était devenue très à la mode. A force de rencontres, j’ai entendu parler de CryptoParties (ou Café Vie Privée) que j’ai commencé à fréquenter. Je n’avais aucune base en informatique et en sécurité et j’ai trouvé ça passionnant. J’ai appris d’abord les bases: la navigation sur Tor, le chiffrement des mails avec PGP, j’ai installé Linux Ubuntu… Mihaela Gladovic, une collègue croate, s’intéressait aussi à ces sujets et on était tous les deux frustrés de nos discussions avec notre entourage. Les gens nous disaient en gros: “ok, c’est vrai la surveillance c’est pas l’idéal, mais tous ces services gratuits quand même. Et puis de toute façon moi je fais rien de mal, ils peuvent bien regarder je n’ai rien à cacher”.

Ce “rien à cacher” revenait tout le temps, et les gens associait le secret — et la vie privée — à un mal. Ce qui est un sophisme trompeur, mais qui n’est pas si facile à déconstruire.

On s’est aussi rendu compte que les gens réagissaient à différents arguments: certains voyaient d’un mauvais œil que le fisc viennent farfouiller dans leurs données à leur insu, d’autres comprenaient qu’une mauvaise hygiène de vie pourrait être retenu contre eux par une compagnie d’assurance ou une banque, d’autres pouvaient avoir un membre de leur famille touché par une maladie mentale et étaient sensibles à la question de l’intimité dans les rapports avec l’extérieur… Tout le monde n’a pas la même approche ou le même modèle de risque. On a voulu reprendre ces différents aspects et s’adresser à un maximum de personnes.

On a fait un documentaire un peu par accident. C’était notre premier mais on pensait que le format vidéo s’imposait, surtout pour s’adresser aux plus jeunes.

TN : Après l’expérimentation, tu t’attendais à avoir un tel résultat, une telle réaction de Max Thommes ?

Non, on ne savait pas du tout. J’avais d’abord commencé par m’auto-surveiller, également avec un logiciel espion sur mon téléphone portable, avec l’aide de l’organisation Tactical Tech Collective. Ça ne marchait pas parce que j’étais trop conscient de ce qui se passait sur mon téléphone. En même temps, je voyais l’impact sur mon comportement de cette expérience: je savais que quelqu’un suivait mes déplacements et moindre faits et gestes et ça changeait mes habitudes. Un exemple un peu ridicule pour moi, mais qui est intéressant: je me levais une heure plus tôt le matin - je suis freelancer et plutôt du soir - parce que quelque part, j’avais en tête qu’on suivrait mes heures de lever et coucher, et bêtement je voulais avoir l’air d’être un mec super dynamique qui se lève tôt le matin… C’est anecdotique comme détail, mais je le trouve important: quand on se sait surveillé, on change son comportement, même pour des petites choses à priori inoffensives. C’est toute la théorie du Panoptique de Bentham expliquée par Foucault.

J’ai balancé mon smartphone à la fin de l’expérience à la poubelle et j’ai depuis un vieux Samsung.

Ensuite j’ai demandé à Max Thommes, un acteur avec qui j’ai vécu en coloc’, très sympa, très “normal” dans le bon sens du terme, et très extraverti. Comme tout le monde il s’en fichait un peu de ces histoires de surveillance. Je l’ai appelé, je l’attendais avec nos caméras et lui ai proposé en live l’expérience: installer un logiciel espion ultra-intrusif sur son portable et sur son ordinateur. La scène est dans le film.

J’étais sûr que même en 30 jours les deux analystes trouveraient quelque chose et on n’a pas été déçu. On a même dû à sa demande enlever une partie de l’analyse. Mais il a été super, il a joué le jeu, avec je dois dire beaucoup de courage.

TN : Max a-t-il changé ses habitudes ? Et toi ?

Max a été un peu sous le choc après l’expérience. Il s’est mis à utiliser Tor et fait beaucoup plus attention aujourd’hui. Mais il est plus fataliste que moi. J’ai personnellement changé de fond en comble mes habitudes. Mais j’essaie de voir ça comme un jeu plutôt que de devenir parano. Je me demande comment faire pour réduire 10% de mes traces, puis 10% etc… Il y a un site développé par Tactical Tech: Myshadow.org où l’on peut calculer ses traces laissées: par exemple avec un iPhone, un ordinateur Windows, en utilisant Google Chrome… On peut changer les combinaisons et voir comment progresser. Je suis par exemple complètement sorti des services Google.

TN : Que faudrait-il changer dans le monde et/ou Internet d’après toi ?

MM : Ce n’est pas vraiment à moi de répondre à ce genre de questions, plutôt à toi ou aux gens de la Quadrature du Net… Je répète souvent les principes de base: utiliser des logiciels libres, décentraliser les données et chiffrer ses conversations de bout-en-bout.

TN : Ahah, on pourrait presque croire que tu as lu mon livre surveillance:// : c’est exactement ce que je suggère ! Sinon, s’il n’y avait qu’une chose à retenir de ce que tu as appris lors de ce tournage, que serait-elle ?

MM : Max a reconnu s’être auto-censuré et sous la pression de ses contacts demandé de ne pas montrer à l’écran la partie des données qui les concernait.

TN : Oui, c’est une chose qu’on oublie souvent : même si on se ment en se disant qu’on a rien à cacher, en acceptant de refiler nos données, nous exposons nos proches, à qui on n’a pas demandé la permission.

MM : Pendant l’expérience de surveillance, je ne voulais pas avoir accès aux données de Max. On a demandé à un avocat de formaliser tout le processus, pour que surtout rien ne sorte. On a eu des milliers de métadonnées: les contacts, les appels, sa position GPS à la seconde près, ses cercles de contacts pro, famille, amis… Les premiers jours je devais pourtant m’assurer que le logiciel tournait et j’ai vérifié à plusieurs reprises. J’ai vu une chose très anecdotique dans les métadonnées de Max, qui n’était rien de grave, mais qui concernait son entourage et que je n’aurais pas dû voir. J’ai tout de suite passé la main aux deux analystes et n’ai plus jamais revu les données brutes de Max. Un détail, un appel, une heure peuvent dire énormément de choses.

TN : Quel avenir maintenant pour ton film ?

MM : Il tourne à Paris tout le mois de septembre à Saint-Michel au cinéma le Saint-André-des-Arts, et est programmé à Clermont-Ferrand et Saint-Gaudens (tous les détails sur nothingtohidedoc.wordpress.com). On a fait une trentaine de projections débats ces derniers mois et des diffusions en salles ici et là, mais toujours hors-circuits. On va mettre le film fin septembre en ligne en libre accès et en torrent (merci au Fournisseur d’Accès Internet alternatif Aquilenet qui nous prête ses serveurs). Le film sera en quatre langues: anglais, français, allemand, espagnol. On a eu des demandes pour le traduire en russe et on espère que les gens se l’approprieront et le traduiront en d’autres langues.

On utilise une licence Creative Commons BY-Non-Commercial: tout le monde peut le voir, le télécharger et même faire des projections sans payer de droits si elles sont gratuites et ouvertes à tous. Pour une commercialisation et des projections payantes il faut nous contacter. L’objectif est de toucher le plus de monde possible, car le sujet est vital.


TN : Merci Marc et bravo à toi et ton équipe, le travail effectué est remarquable… et indispensable ! Je souhaite beaucoup de succès à Nothing to hide, il le mérite !