LE KAVE SE REBIFFE

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jeudi 6 avril 2017

LA GUYANE SE REBIFFE

"La fusée décolle, la Guyane reste au sol." Proverbe guyanais



La Guyane n'est pas le CNES.
La Guyane se rebiffe.
Et elle a foutrement raison.
Quand une population entière de 260000 habitants dit stop au délire de la gestion économique, décrète une grève générale illimitée, pose sur la table (pour ne pas dire autre chose) les problèmes gravissimes d'insécurité et de misère dont souffrent les ultra-marins guyanais sur un territoire oublié de la Ripoublique (sauf quand il s'agit de Kourou évidemment) c'est que là vraiment, trop c'est trop !

En Aout 2016, on avait déjà eu l'occasion de causer au comptoir kaviste de la situation des Dom-Tom sur l'amnésie des politiciens concernant les bouts de terre lointains où les habitants comptent pour peu de choses aux yeux des métropolitains dirigeants.

Les Guyanais se rebiffent.
Depuis plusieurs semaines.
Les Gueux se rebellent.

A l'initiative des 500 frères contre la délinquance, ils ont organisé des marches, des protestations, des happenings dans les instances de pouvoir du pays, ont provoqué le déclenchement de la grève illimitée, et continuent à cette heure de lutter face aux représentants du gouvernement, envoyés en catastrophe en fin de semaine dernière, avec dans les bagages des propositions qu'ils savent que (quelles qu'elles soient) ils ne pourront pas les tenir, et pour cause ils dégagent dans trois semaines...
Les Guyanais se retrouvent dans une situation étrange, ils sont rentrés dans un combat social légitime mais ils devront traiter avec les sortants durant encore trois semaines, puis devront s'y coller face au nouveau proprio du palais élyséen.
Autant le dire tout de suite, c'est pas gagné, mais les Guyanais sont en mode "on lâche rien" parce que comme tant d'autres, il y a un moment où cela n'est plus possible, plus tolérable et ils ont décidé de se faire entendre coûte que coûte, vaille que vaille. 
Même si les cagoules choquent quelques esprits chagrins médias mainstream, c'est bien par des actions pacifiques et non violentes que ces 500 frères ont remis sur la carte française le département de la Guyane.


Un peu d'histoire au comptoir, en 1946 La Guyane devient un Département
français d’Outre-Mer. 
En 1964 Création du Centre Spatial Guyanais à Kourou.
Sur une terre immense de 83000 km, la France s'installe et développe ses technologies spatiales.
Dans un territoire comptant 260000 habitants, la Guyane y compte aussi environ 6000 amérindiens de différentes ethnies. Au XVIe et XVIIe siècles, c'est  l'arrivée des premiers
Européens, la Guyane compte alors environ 30 000 Amérindiens, faites le compte de ce qu'il reste du peuple originel de cette terre. 
Les amérindiens guyanais vivent dans un grand dénuement victimes de la déforestation et préservant tant bien que mal leurs cultures. Ils sont encore plus invisibles dans la lutte actuelle alors qu'ils sont les témoins victimes de cinq siècles de destruction de leur habitat. 
Nous n'avons pas découvert ces gens, nous les avons envahi.

La population guyanaise est en colère, les mêmes maux provoquent les mêmes mots.
Précarité, insécurité, délinquance venant souvent de l'extérieur du pays, chômage endémique, coût de la vie exorbitant, la dépendance commerciale aux importations, le manque d'infrastructures, l'appauvrissement de 99% du peuple, déploiement indécent des richesses du centre spatial alors que la population n'en peut plus d'avoir sous les yeux le symbole des fusées coûtant des millions d'Euros alors qu'eux n'ont droit qu'aux miettes.
Les frères contre la délinquance ont juste mis le doigt sur une révolte qui couvait depuis longtemps, comme en beaucoup d'endroits dans les Dom-tom dans le passé, au présent et dans le futur proche.


Le fameux CNES (centre national d'études spatiales) pris à partie par la foule et pas par hasard ou par dépit, mais bien comme un symbole.
Les manifestants ont occupé le centre spatial de Kourou, ont refusé en bloc jusqu'à présent les plans proposés, les milliards succèdent aux milliards (c'est fou comme les gouvernements alignent tout à coup des sous quand une contestation menace les intérêts d'un "fleuron" de l'industrie française) et continuent l'opposition de manière virulente à toutes formes de récupération par les politiques en pleine campagne. 
Quelque part, ils sont coincés par cet "agenda" qui leur colle une élection au moment où la situation sociale explose, mais parfois c'est comme ça on ne choisit pas.
En métropole, nous sommes loin d'eux, de leurs problèmes, de leur quotidien, mais beaucoup d'entre nous peuvent comprendre ce sentiment d'abandon qu'éprouve la Guyane face à ce Monde du 21ème siècle devenu si puissant en profits de tous ordres et si indifférent sur les injustices sociales.

Nous Métropolitains pouvons être solidaires avec les guyanais, ce sera la moindre des choses, car à notre niveau, c'est nous qui provoquons ces mouvements sociaux en ignorant royalement ces populations lointaines par le biais des élites qui ne s'intéressent à ces territoires qu'en termes de rentabilité, de développement économique et d'exploitation des ressources sans prendre en compte le facteur écologique et "humain" 
Coucou y a du monde qui vit là! on est là! On vit là! Faut faire avec nous, on est les petits humains qui vivent en dessous, tout en dessous de vous!
A force de penser que nos fusées valent mieux que leurs vies, que nos lancements de satellites sont plus importants que le respect élémentaire de faire vivre une population dans la dignité, alors il y a toujours un retour de bâton, et là les gouvernants le prennent pleine gueule durant ce printemps de contestation.
Le poumon économique de la Guyane serait le CNES, mais les guyanais aimeraient bien savoir où est passé tout cet argent puisqu'il est censé faire battre le coeur et faire vivre tout un département. 
Le mal-être des guyanais est allé crescendo au rythme du développement du programme spatial alors que la pauvreté et la précarité envahissaient un plus chaque jour les rues de Cayenne.
La faiblesse numérique de la population guyanaise faisait qu'il était difficile pour eux de se faire entendre, mais l'ère de l'information est passée par là, désormais ils peuvent exprimer en mondiovision sur toutes les chaines d'infos ce qu'il se passe réellement là-bas.


La Guyane se rebiffe.
Les Guyanais se rebiffent.
Dom-Tom: Départements Oubliés de la Métropole, appellation d'origine contrôlée par le peuple guyanais, en souhaitant qu'ils  réussissent là où les Antilles ont échoué.
Ne pas retomber dans l'oubli général.
Ce qui peut être inquiétant, c'est que cette population n'a plus rien à perdre, elle est dans le désespoir, et ça n'augure rien de bon si l'entêtement prévaut auprès des pouvoirs publics.
Le comptoir Kaviste se sent solidaire des guyanais et si le département est bien connu pour son ancien bagne, il ne faudrait pas que les Guyanais soient les nouveaux locataires d'un bagne appelé démocratie capitaliste servant les intérêts d'un petit nombre au détriment de... tous les autres. Oh wait, les amis ça se passe partout ça non?
 Tout se passe jusqu'à présent dans le calme et la tenue des manifestants est exemplaire, mais la détermination est là, les Guyanais sont là. 
Tous. 
Loin des syndicats, des partis ou autres obédiences, ils sont là, ensemble

Vu de notre fenêtre de Métro, même sans connaitre ce territoire, il y a des enseignements à tirer de ce qui se passe en Amérique du sud, cette lutte est exemplaire dans sa dignité et sa légitimité.
Pourtant, la population guyanaise n'a peut-être pas conscience elle-même que leur mouvement pose question sur ce qu'il va se passer en métropole dans les semaines à venir.
A des degrés différents, la majeure partie de la population des métros est également dans une sourde colère, et j'ai bien peur que cela ne soit pas les résultats de l'élection à venir qui va apaisé tout ceci, on se dirige plutôt vers un "j'en peux plus" général.
A moins que finalement seuls les ultra-marins soient capables encore de se révolter, de s'indigner (activement), de se rebiffer pour le droit élémentaire de vivre une vie décente.


YES THEY KAVE !

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